mardi 10 février 2009

Maman





Avancer dans ma démarche, avancer dans mon travail sur moi c'est parler de toi.
Toi ma Maman. Toi qui a décidé le 13 fevrier 2003 de nous laisser sur le bord de la route.
Toi qui a choisit de partir sur une autre rive par la pire des manières.




Tu as pris deux litres d'alcool à brûler, tu as vidé ce liquide sur toi, d'après les gendarmes tu en as inhallé . Tu as ensuite pris une allumette. Et, ta vie c'est arrêtée dans ce garage, dans le garage de ta maison. Tu t'es immolée.

Tu as détruit ton propre corps. Ce corps que les gendarmes ne m'ont pas laissé voir. J'avais tant besoin de te voir, te voir pour comprendre, pour réaliser.
Ce corps nid de ma vie, ce ventre où je me suis faite.

Je me souviens de papa qui te cherchait dans la maison, je me souviens du bruit des portes qu'il ouvrait pour te trouver, et soudain ce cri , ce desespoir, ce choc dans sa voix...




"Véronique , maman est morte"

En une seconde, une seule, je venais de te perdre, je prenais en pleine tète un ouragan, je voyais de la fumée au plafond du sous-sol, je sentais l'odeur , une odeur presque agréable... j'ai compris après que c'était ton odeur ma maman ...

Ma tète toute entière essayait de réfléchir, j'avais Marina dans mes bras, que faire? je voulais aller prendre mon père , l'arracher du corps de sa femme. Le prendre dans mes bras, l'aider lui, une peur aussi qui se détruise dans ce garage aussi.

Mon instinct de maman c'est réveillé, avec une force venue de je ne sais où, il me fallait protéger Marina. Elle qui me regardait du hauut de ses 18 mois. J'ai téléphoné à une cousine, j'ai expliqué calmement à C. de venir chercher ma fille. je lui disais:
"c'est drôle hein? t'as vu maman claque des dents". Quoi dire?? je ne savais pas.

Ensuite lorsqu'elle n'était plus là; j'ai téléphoné à la gendarmerie, je ne trouvais pas les mots, je tremblais, je n'avais toujours pas compris comment elle avait fait à ce moment là...mon papa qui était toujours au sous-sol...

Puis le choc inoui le mot IMMOLE . Ma maman c'est brûlée, ma maman est morte. Un tourbillon dans ma tète, je revois alors la fumée, l'odeur c'étais pourtant évident.

Mon père déformé par la douleur devant moi qui allait de pièces en pièces pour trouver un mot. RIEN, elle n'a rien laissé.




Puis il me fallait prévenir mon frère, ma soeur. Comment le dire? Comment annoncer une chose pareil?
J'ai pris leurs cris aussi. Leur douleur. Leur choc.

Incompréhension !

Affronter les gendarmes, la police scienthifique, l'ouverture de l'enquète, les questions alors que tout mon être est aneanti, que tout mon cerveau est écrasé par la douleur, le choc.


Ma maman a choisit de partir après un long combat de 10 ans contre elle même. un combat contre cette dépression réactionnelle dû a son enfance.

Ma maman qui à débuté sa vie dans un camp pendant la guerre. Ma maman qui avait du se construire dans un monde de stress, de tenssions , de peur, un monde dont on ne peut pas, nous, comprendre les traumatismes sur un nourisson de 9 mois à l'arrivé. A deux ans elle avait vu les corps des allemands qui venaient de se tuer avant l'arriver des Russes et des Americains.

Sa mère lui avait dit qu'ils avaient brûlé des cochons. Mais elle avait toujours su que sa maman lui avait menti lorsqu'elle me l'a raconté, on lisait sur son visage la douleur de la découverte du mensonge. Elle était à 50 ans encore cette petite fille à qui on avait caché la vérité.







Je m'arrête pour l'instant....




Les séparés (N'écris pas...)

N'écris pas. Je suis triste, et je voudrais m'éteindre.
Les beaux étés sans toi, c'est la nuit sans flambeau.
J'ai refermé mes bras qui ne peuvent t'atteindre,
Et frapper à mon coeur, c'est frapper au tombeau.
N'écris pas !

N'écris pas. N'apprenons qu'à mourir à nous-mêmes.
Ne demande qu'à Dieu... qu'à toi, si je t'aimais !
Au fond de ton absence écouter que tu m'aimes,
C'est entendre le ciel sans y monter jamais.
N'écris pas !

N'écris pas. Je te crains ; j'ai peur de ma mémoire ;
Elle a gardé ta voix qui m'appelle souvent.
Ne montre pas l'eau vive à qui ne peut la boire.
Une chère écriture est un portrait vivant.
N'écris pas !

N'écris pas ces doux mots que je n'ose plus lire :
Il semble que ta voix les répand sur mon coeur ;
Que je les vois brûler à travers ton sourire ;
Il semble qu'un baiser les empreint sur mon coeur.
N'écris pas !



Marceline DESBORDES-VALMORE (1786-1859)
(Recueil : Poésies inédites)

2 commentaires:

Mémère Cendrillon a dit…

Ta maman, ma toute belle, a porté toute sa vie le lourd statut de "survivante". Et ce statut, que la société de l'époque a zappé parce qu'elle n'avait plus la force de l'affronter ni de s'en occuper, a eu raison d'elle.
Les survivants qui ont fait le triste constat d'échec sur leur vie ne sont pas de rares cas isolés, malheureusement...
Je t'embrasse très fort.

ichampignoni a dit…

Ma toute belle amie, merci d'être toujours la à mes cotés qd les vagues me font percuter les rochers.
je t'embrasse